Serafino Malaguarnera - Psychologue, Psychanalyste, Psychothérapeute à Bruxelles

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Attachement (Théorie de l’ — )



Extrait de “
Dictionnaire de neuropsychanalyse" de Serafino Malaguarnera, 12 octobre 2016, pp. 48-50.

Anglais : Attachment theory
 
L’attachement est le lien affectif qui unit une personne avec une autre, ou un animal avec un congénère, dans l’espace et dure dans le temps.
                                                                ---------------------------------------------------------       

La théorie de l’attachement est la théorie proposée en 1959 par le psychiatre et psychanalyste John Bowlby. Selon cette théorie, la tendance du nouveau-né à rechercher le contact de la mère est une pulsion primaire plutôt qu’une pulsion secondaire, comme l’avait formulé Freud avec la théorie de l’étayage (1) selon laquelle le lien à la mère s’étaie sur la satisfaction du besoin de nourriture. Cette théorie rompait également avec la théorie comportementale de l’apprentissage sociale. Harry Harlow et ses collaborateurs (1959) confirment la théorie de l’attachement de John Bowlby avec des expériences sur les primates. Ils ont montré que ce qui produit des comportements d’attachement est le plaisir du contact plutôt que la nourriture. Sur la base de ces expériences, John Bowlby développe la notion de comportement d’attachement  et formule une théorie du développement qu’il appelle « système comportemental d’attachement (SCA) » qui souligne l’importance de l’attachement dans le développement normal de l’enfant. Selon cette théorie, l’attachement que le nourrisson développe progressivement envers la figure maternelle, habituellement la mère, devient une base de sécurité grâce à laquelle il peut explorer le milieu et expérimenter les séparations.
Les recherches de Bowlby ont été poursuivies par son élève Mary Ainsworth (1974), et plus récemment par Peter Fonagy à la Tavistock Clinic de Londres et Allan Schore.
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Le système panique (Panic system) (2) est impliqué dans les phénomènes d’attachement parents-enfants, car il s’active lorsque l’enfant se sépare de sa maman. L’enfant vit cette séparation comme douloureuse, car elle provoque une diminution des opioïdes endogènes dont la fonction est de diminuer la douleur.
                                                                                                                   
Allan Schore, connu sous l’appellatif « le Bowlby américain », propose une théorie qui intègre la théorie de l’attachement avec les neurosciences, ou en d’autres termes, il développe une approche psychobiologique de l’attachement. Du côté des neurosciences, on souligne l’importance du processus d’attachement dans la maturation des capacités de régulation de l’émotion du cerveau droit. Celui-ci est anatomiquement prédominant sur le cerveau gauche à partir du sixième mois de grossesse jusqu’à la fin de la deuxième année et il est impliqué dans le processus émotionnel du système limbique, dans la modulation des réponses au stress et dans la régulation du soi. Allan Schore montre que la mère occupe une fonction de régulation non seulement sur le comportement des nourrissons — fonction qui a été au centre des théories classiques de l’attachement —, mais également sur les systèmes cérébraux de règlementation ayant une fonction de régulation sur les sphères cognitives, affectives et comportementales. Plus précisément, l’attachement a une influence sur la maturation des capacités de régulation de l’émotion du cerveau droit. Ainsi, l’attachement n’est plus seulement un comportement externe et manifeste, mais il est également en construction dans le système nerveux. Les interactions que l’enfant vit avec la mère et qui l’apaisent représentent une régulation des états émotionnels provenant de l’extérieur. L’enfant intériorise cette régulation externe en la transformant en régulation interne. Grâce à cette transformation, l’enfant apprend à réguler lui-même ses propres émotions face aux stimuli de l’environnement lui permettant de développer une homéostasie interne, essentielle pour l’accroissement de complexité des systèmes du cerveau en maturation (Schore, 2003).                                                                            
En 2006, le Congrès international de neuropsychanalyse a traité le thème « Amour et désir dans l’attachement : perspectives neuropsychanalytiques sur les relations d’objet ». L’opposition entre le modèle de la sexualité infantile et celui de l’attachement a été abordée et développée à travers plusieurs points de vue (3). La plupart des intervenants appuient le point de vue biologique, évolutionniste, selon lequel l’attachement chez les mammifères se constitue à partir d’un premier développement du circuit cérébral de la sexualité (Jorge Canestri, Mary Target, Jaak Panksepp) plutôt que le point de vue de l’attachement développé par des éthologues, puis par Bowlby et des analystes dans cette lignée, pour qui l’attachement est une pulsion primaire plutôt que secondaire (Mary Target). Oliver Turnbull défend l’idée les systèmes cérébraux de la sexualité, de l’attachement et de l’émotion sont indépendants et distincts, bien qu’ils se chevauchent et s’interpénètrent. Jaak Panksepp considère que la sexualité se manifeste avant l’attachement qui découle et émerge du circuit sexuel maternel. Selon Regina Pally, l’attachement, le désir et l’amour sont trois composantes essentielles des relations humaines qui, dès la première enfance, se développent d’une manière autonome, bien qu’ils interagissent continuellement entre eux. Les récentes données neuroscientifiques permettent d’étudier les différents systèmes biologiques reliés à ces trois composantes. Par exemple, elles montrent que l’amour et le désir sont bien interconnectés, mais ils sont reliés à différentes parties du cerveau. De plus, ces récentes données issues des neurosciences permettent de trouver des ponts entre différentes théories de la psychanalyse qui ont été opposées pour avoir mis l’accent sur une de ces composantes (par exemple, la théorie pulsionnelle a mis l’accent sur le désir et la théorie des relations d’objet sur l’attachement et l’amour). Regina Pally met en relation l’attachement avec plusieurs systèmes biologiques qui impliquent différents hormones et neuromédiateurs, notamment le système de recherche proche à celui de récompense qui implique la dopamine et le système de réconfort qui implique les endorphines. L’axe hypothalamo-hypophysaire s’active lors d’une séparation et lance un cri de détresse à la mère pour rétablir le lien d’attachement à travers la sécrétion de l’hormone permettant la sécrétion de cortisol (le CRF).                ________________

1. Voir : Étayage                                                                                                                                             
2. Voir : Émotion                                                                                                                                                 
3. Nous faisons référence au compte rendu du Congrès recueilli par Marianne Robert Publié dans Revue française de psychanalyse 2007/2 (Vol. 71).

Bibliographie :  

Mijolla De A. (sous la direction de) (2002), Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2005. 
Harlow H.F. (1959), Love in infant monkeys, Scientific American, 200, 68-74.                            
Lawrence A. PervinOliver P. John (2008), La personnalité : de la théorie à la recherche, De Boeck Supérieur, 2004.                                                                                                                                                            
Schore A. N. (2003), La régulation affective et la réparation du Soi, Les Éditions du CIG, 2008.                                                                                                                                                                                                                                                                     Compléments :                                                                                                                                         
Fonagy Peter, Schore Allan
 

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